Amis de la Diaspora du Monde, réveillons-nous....
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MOYEN-ORIENT Le Liban détient le record mondial de réfugiés par habitant. Avec plus d'un million recensés et un flux continu de 15 000 par semaine, les Syriens représentent plus du quart de la population libanaise. Ce choc démographique est un « danger existentiel » , avertit le président de la République, Michel Sleimane. « C'est comme si la France accueillait 15 millions de réfugiés. Il suffit de se rappeler le débat suscité par l'accueil de quelque 15 000 Roms l'année dernière pour comprendre que peu de pays sont en mesure de supporter un tel afflux » , explique Jean-Paul Cavalieri, représentant adjoint du HCR au Liban, l'agence ce l'ONU pour les réfugiés.
Pour les acteurs humanitaires, cette crise « est d'une ampleur sans précédent » , avec une dimension inédite : les réfugiés sont répartis dans plus de 1 700 localités - dépassant dans certaines d'entre elles la population locale - et ne sont que 15 % à vivre dans quelque 700 campements informels. L'expérience des camps palestiniens a conduit l'État libanais à refuser la création de structures similaires pour les Syriens, ce qui représente un véritable défi pour le travail humanitaire. « Un exemple parmi d'autres : les campagnes de vaccination ne sont pas assez efficaces. Dans des camps, il suffit de passer avec un haut-parleur pour cibler les personnes concernées. Mais là, on compte sur les écoles et les dispensaires où une majorité de réfugiés ne se rendent pas ! » témoigne Baptiste Hanquart, coordinateur général de Médecins du monde.
Contrainte à la créativité, l'aide humanitaire s'oriente vers des programmes de soutien en numéraire : des cartes bancaires sont créditées pour payer un loyer, du fioul, de la nourriture, etc. Et l'effort se tourne de plus en plus vers des programmes de développement local en complément des réponses d'urgence. « Nous avons entièrement réhabilité 30 écoles publiques dans le Akkar (Nord) dont les murs s'effritaient, où les toilettes étaient bouchées... » , raconte Fabrice Martin, directeur de Première Urgence, au Liban. Plus de 400 000 enfants syriens sont en âge d'êtres scolarisés, soit plus que les petits Libanais dans le système public (l'école est majoritairement privée au Liban). Les écoles publiques les accueillent du mieux qu'elles peuvent, organisant un double horaire, mais leur capacité plafonne à 100 000 enfants.
Déjà mal en point, les infrastructures publiques sont soumises à rude épreuve. « Nous attendons depuis des années des financements pour une usine de traitement des déchets pour remplacer notre décharge. Les fonds viennent d'être débloqués par l'Union européenne dans le cadre de la crise syrienne » , se félicite Dergham Touma, président par intérim de la municipalité de Kab Elias. « Ce type d'aide est le seul moyen pour que les gens d'ici ne mettent pas le holà. » Dans cette deuxième ville de la Beqaa centrale, la présence de 30 000 réfugiés syriens (dont 22 000 seulement sont enregistrés selon le maire) pour une population locale de 45 000 personnes commence à faire grincer des dents.
15 000 réfugiés par semaine
La moitié d'entre eux louent quelques mètres carrés dans des maisons ou des fonds d'échoppes, voire de garages, dans la vieille ville. Et l'autre moitié est regroupée dans des tentes de bric et de broc, équipées de réservoirs en plastique et de sanitaires rudimentaires, érigés des deux côtés d'une longue allée où apparaissent encore quelques champs cultivés de fèves, une villa luxueuse ou des immeubles en construction. « Si on n'y prenait pas garde, les tentes pousseraient comme des champignons dans toute la plaine, car certains propriétaires jugent plus rentables de louer leur terre que de la cultiver » , se désole Dergham Touma, qui a délogé quatre campements installés hors de la zone dédiée.
« Notre hospitalité n'est pas en cause. Imaginez que votre maison ait quatre chambres d'amis. Lorsqu'elles sont toutes occupées, vous n'allez tout de même pas laisser votre propre lit et les clés de la maison » , se défend-il. À budget égal déjà très faible, la municipalité doit traiter les besoins de l'équivalent d'un « deuxième village » : adduction d'eau malgré la sécheresse qui s'annonce pour l'été, distribution d'électricité déjà rationnée (le Liban est en déficit chronique de courant), gestion des déchets... « Jusque-là, nous parvenons à gérer les problèmes, mais nous sommes proches de la saturation. Le plus difficile est de contenir l'impact social, ajoute Dergham Touma. Comment la municipalité pourrait-elle justifier d'allouer de vieilles maisons à des Syriens dont les loyers sont payés par des subventions internationales, alors que beaucoup de jeunes couples libanais sont empêchés de se marier à défaut de pouvoir se loger ? »
La Banque mondiale estime que 170 000 Libanais devraient basculer sous le seuil de pauvreté d'ici à la fin de l'année et que le chômage devrait doubler. L'Organisation internationale du travail confirme cette tendance à l'éviction des Libanais les moins qualifiés du marché de l'emploi, en raison de la concurrence d'une main-d'oeuvre syrienne prête à casser les prix pour subsister.
Au fil des mois, les incidents se multiplient : tentes incendiées, manifestations antisyriennes, expulsions de réfugiés locataires, etc. Une tension aggravée par la dégradation de la situation de ces réfugiés dont les ressources propres s'épuisent. Les aides internationales sont, quant à elles, réduites, les financements étant très insuffisants : seuls 15 % des appels de fonds ont été satisfaits à ce stade. « La situation glisse vers un pire qu'on a du mal à définir. Tous les paramètres sont au rouge » , résume Fabrice Martin.
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